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Le sol agricole comme élément structurant de la Ville-Territoire. Exploration comparée entre le Grand-Ouest français et la Lombardie centrale

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Abstract

Cet article présente une des opérations de comparaison qui organise la recherche, portant sur le sol agricole comme élément structurant de la Ville-Territoire. La comparaison s’opère entre le Grand Ouest français et la Lombardie centrale, deux régions marquées par le phénomène de diffusion urbaine où le paradigme agricole a pendant longtemps été le seul agent de transformation du sol et du territoire. Avec une série d’explorations cartographiques et démographiques, l’opération compare la distribution de l’habitat en fonction des capacités du sol à produire, depuis le XIXe siècle jusqu’aux phases d’urbanisation des dernières décennies. Des sols pauvres conduiront ces territoires dans des directions opposées, de l’abandon de l’agriculture dans la plaine au nord de Milan qui s’industrialise à une révolution agricole en France, où, paradoxalement, il est aujourd’hui plus difficile de lire toute trace de la longue structuration agricole du territoire. La comparaison des distances entre établissements humains et de l’évolution de la population spatialisée révèle des structures agricoles propres, mettant en évidence des pistes spécifiques pour répondre à un défi commun, celui visant à faire de la menace qui pèse sur la ressource sol aujourd’hui une opportunité pour penser le futur de ces territoires à partir des échanges écosystémiques que le sol peut établir avec les autres éléments de la Ville-Territoire.

How to Cite
Durand , M. (2019). Le sol agricole comme élément structurant de la Ville-Territoire. Exploration comparée entre le Grand-Ouest français et la Lombardie centrale. Contour Journal, 2(4). https://doi.org/10.6666/contour.v0i4.86
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Jun 17, 2019
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Jun 17, 2019
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Résumé

Cet article présente une des opérations de comparaison qui organise la recherche, portant sur le sol agricole comme élément structurant de la Ville-Territoire. La comparaison s’opère entre le Grand Ouest français et la Lombardie centrale, deux régions marquées par le phénomène de diffusion urbaine où le paradigme agricole a pendant longtemps été le seul agent de transformation du sol et du territoire. Avec une série d’explorations cartographiques et démographiques, l’opération compare la distribution de l’habitat en fonction des capacités du sol à produire, depuis le XIXe siècle jusqu’aux phases d’urbanisation des dernières décennies. Des sols pauvres conduiront ces territoires dans des directions opposées, de l’abandon de l’agriculture dans la plaine au nord de Milan qui s’industrialise à une révolution agricole en France, où, paradoxalement, il est aujourd’hui plus difficile de lire toute trace de la longue structuration agricole du territoire. La comparaison des distances entre établissements humains et de l’évolution de la population spatialisée révèle des structures agricoles propres, mettant en évidence des pistes spécifiques pour répondre à un défi commun, celui visant à faire de la menace qui pèse sur la ressource sol aujourd’hui une opportunité pour penser le futur de ces territoires à partir des échanges écosystémiques que le sol peut établir avec les autres éléments de la Ville-Territoire.

Mots-clés 

Ville-Territoire ; sol agricole ; établissements humains ; città diffusa ; Ville archipel ; coupe démographique ; structure agricole.

Introduction

La ressource sol est aujourd’hui menacée avec une nouvelle intensité, à la fois par l’urbanisation elle-même — qui porte à la disparition du sol — et par la pratique agricole intensive et capitalistique — qui porte à sa mort physique. Cette menace ouvre un nouveau chapitre dans l’histoire non linéaire faite de crises et de recherche d’équilibre entre l’homme et la nature, entre le territoire habité et son sol cultivable. Un chapitre auquel la thèse tente de contribuer en partant directement des sols agricoles à partir desquels ou sur lesquels la Ville-Territoire [1] s’est construite, en explorant leurs transformations passées depuis le début du XIXe siècle et leur rôle structurant dans le territoire aujourd’hui urbanisé, afin d’affronter les défis contemporains et imaginer un autre futur possible pour ces territoires urbanisés et ces sols agricoles menacés. La recherche se construit autour d’une approche comparative de deux macro-régions éloignées géographiquement, le Grand Ouest en France (entre Nantes et Rennes) et la Lombardie centrale en Italie (aux nord et sud de Milan) où le paradigme agricole a pendant longtemps été le seul agent de transformation du sol et du territoire. Ces deux grands territoires ont été décrits comme marqués par la dispersion des établissements humains, mais la Ville-Territoire y a pris forme de manière différente avec des intensités et des implications spatiales propres : de la città diffusa [2] et conurbation milanaise au village éclaté [3] de l’Ouest français rurbanisé [4] accueillant la Ville archipel rennaise.

Durant son intervention au cours du séminaire « Comparing Habitat », Michael Jakob nous pose cette question très simple : pourquoi compare-t-on des choses ? Il rappelle que lorsque nous choisissons des objets à comparer, nous avons en réalité déjà activé le mécanisme de comparaison en reconnaissant un terrain de comparabilité. La question qui se pose alors est la suivante : cherche-t-on à préciser ce critère commun aux objets que l’on compare, ou cherche-t-on à en savoir plus sur chacun des objets comparés en soi, à mieux les comprendre à travers ce jeu de la différence ? Dans notre cas, c’est certainement l’un et l’autre. En comparant les territoires du Grand Ouest français et de la Lombardie centrale à travers le prisme de leurs sols agricoles, cet article cherche d’un côté à produire un autre type de connaissances sur le critère commun qu’on leur reconnaît, leur appartenance à ce répertoire des Ville-Territoires marquées par la notion de dispersion. Mais l’objectif est également de mieux comprendre les processus de formation de cette condition urbaine contemporaine dans leurs contextes propres. Ainsi, la recherche se structure autour de plusieurs opérations de comparaison qui veulent réinterroger les outils classiques des études sur les formes urbaines en révélant ce « support agricole », à travers la déconstruction, dans le temps long, de ces paysages qui nous paraissent aujourd’hui si génériques que l’on s’autorise à recourir au même terme de Ville-Territoire pour les désigner. Quant au choix des territoires d’étude comparés, il se limite à deux macro-régions que la recherche s’efforce de soumettre aux mêmes outils d’exploration, mais la comparaison agit également au sein de ces régions où on observera différents processus d’urbanisation et de relations au sol. Par ailleurs, d’autres territoires de la diffusion urbaine s’offrent à la comparaison par moments choisis dans la thèse, amorçant ainsi une méthode comparative que l’on pourrait imaginer appliquer à d’autres cas d’études pour poursuivre la recherche. En effet, le type de sol en lui-même n’est pas ici le critère commun aux territoires étudiés — même si nous verrons par exemple que des sols dits « pauvres » joueront un rôle important dans la transformation de ces deux territoires — mais le tertium comparationis porte sur le sol agricole comme élément structurant de ces deux morceaux choisis de Ville-Territoire. C’est en tout cas l’hypothèse de cette recherche, celle d’un sol agricole qui a été le support de la structuration par stratification de la Ville-Territoire, un support plus ou moins vivant aujourd’hui que l’on propose dans un premier temps de révéler et que l’on imagine pouvoir réactiver. C’est la seconde hypothèse de la recherche, la capacité du sol agricole, partie intégrante de la Ville-Territoire, d’établir de nouvelles relations symbiotiques avec les éléments qui la composent.

Cet article se focalise sur une des opérations de description comparée qui a été développée dans la recherche après une prémisse concernant la structure hydrogéologique et topographique de ces territoires — fondamentale pour comprendre la diversité des formes d’agriculture qui ont été mises en place par l’homme en fonction du sol de ces régions. L’opération a été inspirée par les réflexions d’Élisée Reclus sur le rapport entre le sol et l’habitat, puisque « le village ne peut naître que là où naît l’épi » et que « l’attraction naturelle du sol (tend) à répartir normalement les hommes, à les distribuer rythmiquement sur la terre entière ». Cet article s’inscrit donc dans cette partie d’une thèse consacrée à l’exploration dans le temps long de la structuration de la Ville-Territoire sur son socle agricole. C’est pourquoi, nous le verrons, les capitales régionales de Milan puis Rennes, et Nantes ne seront pas directement étudiées dans cette opération de comparaison, bien qu’évidemment présente en filigrane dans tous les exercices exploratoires. L’opération présentée ici consiste en une succession d’exercices cartographiques appliqués aux deux cas d’étude selon la même méthodologie et qui cherchent à répondre aux questions de recherche ciblées par l’opération : quel rapport entre le sol agricole et la répartition de l’habitat rural ? Quel rôle de cette distribution dans la construction de la Ville-Territoire ? Autrement dit, quelle est la « structure agricole » sur laquelle se construisent les conditions de la Ville-Territoire ?

Des sols « pauvres », deux destins : révolution agricole bretonne et révolution industrielle italienne

L’étude des caractéristiques hydrogéologiques et de la topographie dans le cas du Grand Ouest et dans le cas lombard révèlent des supports physiques à l’établissement humain très différents l’un de l’autre. Les deux grands fleuves qui traversent les territoires d’étude, la Loire et le Pô, ont un rôle presque opposé dans la formation du terrain : alors que la Loire creuse une vallée par érosion, le Pô va construire la plaine par ses dépôts sédimentaires. Dans le cas italien, si l’on suit une ligne de coupe nord-sud depuis le pied des Préalpes lombardes et transversale à la plaine dans le sens d’écoulement des rivières, on la verrait tout d’abord traverser la haute plaine sèche et perméable (où graviers et sables ne retiennent pas les eaux), puis la zone de résurgence des eaux (qui englobe largement Milan) et enfin, la plaine basse argileuse irriguée jusqu’à atteindre le Pô (fig. 1).

Fig 1Carte hydromorphologique de la plaine du Pô et tache bâtie. Légende : 1) plaine basse irriguée argileuse ; 2) zone de résurgence des eaux ; 3) haute plaine sèche (sables et graviers ; 4) terrains du Diluvium ancien et moyen ; 5) Morraines Riss-Wurm ou roches Pré-quaternaires. Sources : réélaboration par l’auteur à partir de la « Cartina morfologica della pianura e collina lombarda » [12] et des données GIS Geoportale della Lombardia.

Le bassin de la Loire-inférieure, lui, est d’une tout autre nature : après le détournement vers l’Ouest de son cours originel survenu au Miocène, le fleuve creuse la vallée qu’on lui connaît aujourd’hui dans un socle ancien de plateaux et collines du Massif Armoricain qui présente des failles N-O/S-E que l’on reconnaît encore aujourd’hui en observant l’orientation du très dense réseau de ruisseaux et rivières qui couvre l’ensemble du territoire (fig. 2). « La structure s’en accuse par une singulière continuité de traits, qui n’est pas étrangère à l’impression de monotonie que laisse l’ensemble », c’est avec ces mots que Vidal de la Blache décrira une certaine uniformité du paysage du Grand Ouest, à laquelle s’oppose clairement la dichotomie du paysage lombard marqué par la topographie et la nature de ses sols différenciés, deux caractéristiques propres à ces régions qui vont fortement marquer leur organisation rurale et orientation agricole en fonction justement de la qualité de leurs sols.

Fig 2Cartes du système des eaux dans le Grand Ouest (à gauche) et dans la Plaine du Pô lombarde (à droite) 100x100km. Sources des données : IGN professionnel, Geoportale della Lombardia. Réélaboration par l’auteur.

En effet, la richesse ou la pauvreté des sols, dans le cas italien, est directement liée à cette capacité des sols de retenir ou non l’eau. Le sol « pauvre » est celui de la plaine sèche qui ne retient pas l’eau, marquée par de très petites exploitations fragmentées et inégales dans leur accès à l’eau souterraine, où la culture pérenne est impossible et complétée au XIXe siècle par l’activité de transformation de produits (notamment l’élevage du vers à soie avec la culture vivrière du mûrier blanc, qui disparaît définitivement après la Seconde Guerre mondiale). Le sol argileux de la plaine basse, en revanche, est marqué par une infrastructuration dense et séculaire du système de canaux de drainage et d’irrigation, lui assurant une orientation précoce vers l’agriculture à forte valeur ajoutée (riz, et autres cultures pérennes). La plaine irriguée s’en trouvera sur le premier plan en termes de richesse économique de la région, jusqu’à ce que la plaine sèche au Nord prenne le dessus en empruntant une autre voie, précoce elle aussi, celle de l’industrialisation. Alors facilitée par les infrastructures routières et ferroviaires très denses dès la seconde moitié du XIXe siècle, et alors seulement égalées par la Belgique [5], l’industrialisation bénéficiera par ailleurs d’un bassin d’emploi composé d’une population nombreuse qui abandonne peu à peu l’activité agricole pour celle industrielle, mais tout en restant sur place. C’est là l’une des caractéristiques majeures de la construction de cette città diffusa.

Dans le Grand Ouest, c’est l’agriculture céréalière séculaire même qui, malgré un usage extensif des terres permettant la rotation, aura provoqué un appauvrissement des sols auquel répondra, à la fin des années 1820, une véritable « révolution agricole » bretonne. Une révolution menée sur deux fronts qui permettront de sortir du « cercle de la pauvreté » [6] dans cette région alors en retard par rapport au reste du pays : d’un côté, l’extension des surfaces cultivées pour le fourrage notamment, à travers l’assèchement des marais et le défrichement des terres incultes, les landes — marquant ainsi la fin des usages communs des vaines pâtures — et de l’autre, l’introduction d’un nouvel engrais commercial, sous-produit de la raffinerie nantaise du sucre, le noir animal, qui comblera les carences du sol par apport de phosphate et améliorera sa fertilité, permettant un usage plus intensif du sol et liant étroitement le destin des campagnes à l’activité industrielle de la ville. Dans les deux cas d’étude ici cités, le sol « pauvre » impliquera une révolution dans le destin des territoires, soit par l’abandon même de l’activité agricole avec une population qui s’industrialise sur place en Italie (rappelons que la plaine irriguée conserve son rôle productif de premier plan), soit par l’amélioration technique de cette activité dans le cas breton, entraînant là aussi des modifications non seulement spatiales, mais également sociales et démographiques avec un véritable exode rural.

Nous l’évoquions dans l’introduction, bien que ces deux territoires aient tous deux été décrits comme marqués par la dispersion des établissements humains — un trait commun qui a inspiré le recours à la comparaison — il faut évidemment admettre que le phénomène d’urbanisation portant à la formation de la Ville-Territoire n’agira pas avec la même intensité dans le territoire agricole breton que dans la plaine industrielle au nord de Milan. Les deux révolutions évoquées précédemment, liées à ces sols pauvres ou appauvris, et donc les orientations économiques fondamentalement différentes de ces régions, répondent en grande partie à la différence d’intensité du phénomène urbain. Cependant, il nous semble nécessaire de creuser la notion de « dispersion » qui a été utilisée pour décrire ces territoires. Paradoxalement, c’est le Grand Ouest français qui a une histoire de dispersion plus longue. En effet, la région est connue pour sa population dense par rapport à la moyenne française et très éparse déjà au XIXe siècle [7] — ce qui est concordant avec l’usage extensif du sol agricole — alors que la plaine du Pô est décrite comme caractérisée par l’habitat aggloméré au début du siècle dernier [8] et il faudra attendre l’après-guerre pour parler de diffusion urbaine dans la plaine sèche avec la città diffusa. C’est pour clarifier cet usage de la notion de dispersion ou diffusion urbaine, qui concerne nos deux cas d’étude, que nous réactivons la question sur laquelle se sont longuement penchés les géographes et démographes au début du siècle précédent, celle de la répartition de l’habitat rural, en cherchant dans les formes de distribution des établissements humains une éventuelle une clé de lecture de la construction de la Ville-Territoire dans les contextes français et italien.

Formes et distribution des établissements humains dans l’espace et dans le temps

Exercice 1_ les distances du socle agricole

Dans un article paru en anglais en 1895 et intitulé « The Evolution of Cities » [9], Élisée Reclus livre un modèle de distribution des établissements humains quatre décennies avant la théorie des lieux centraux de Christaller (son ouvrage L’homme et la Terre en 1905 reprendra ce modèle en français). Selon le géographe, la répartition des hommes, dans la condition spatiale d’un territoire « complètement uniforme dans son relief, dans la qualité de ses sols, dans son climat, (…) sans ruptures naturelles » répond à une structure, certes hiérarchique, mais surtout régulière et ordonnée par la distance et le temps, la vitesse du voyageur en somme. En partant du cas français donné en exemple par le géographe, nous avons construit cet exercice cartographique pour mesurer ce rythme qui devrait organiser la répartition de l’habitat. Nous avons sélectionné, dans un premier temps, les chefs-lieux des communes et le réseau des routes de nature primaire (sans les autoroutes et voies ferrées). Étant donnée la très grande échelle du cadrage qui englobe les 100 km séparant Nantes et Rennes, les chefs-lieux sont représentés par des points et non par la forme réelle du bâti. Le choix d’associer un même poids à chaque point indépendamment de la population de la ville efface toute forme de hiérarchie et accentue évidemment l’effet de maille régulière : la carte produite présente une triangulation d’une étonnante régularité. Notons toutefois que la maille se resserre autour des capitales régionales, et en particulier autour de Rennes. Cherchant ensuite à comparer cette distribution régulière au cas italien, la même méthodologie a été appliquée : sélection des capoluoghi et du réseau de routes primaires⁠. La structure de la distribution des chefs-lieux ainsi obtenue diffère fortement de celle française : si dans la plaine irriguée on reconnaît quelques zones de triangulation régulière, la plaine sèche, elle, est marquée par une tout autre logique de distribution qui voit se concentrer des points sur les lignes d’eau (et fond de vallées des Alpes), le long de certains reliefs et itinéraires routiers ou ferroviaires. La distribution des chefs-lieux révèle ici encore l’opposition entre la plaine uniforme française et la distinction nord-sud dans le cas lombard plus accidenté. Mais l’élément le plus frappant qui ressort de la confrontation des deux cartes est la proximité des points dans le cas italien : la distance moyenne entre deux chefs-lieux est deux fois plus courte que dans le cas français, à tel point que les deux cartes ne semblent pas avoir été réalisées à la même échelle (fig. 3). En moyenne, dans le cas français 5 à 8 km séparent deux chefs-lieux, contre 2 à 4 km dans le cas italien, la plaine sèche étant marquée par une distance plus courte entre chefs-lieux de communes. Nous sommes évidemment tentés de lire dans cette répartition rapprochée un facteur physique préexistant favorable à la constitution de la conurbation milanaise.

Fig 3. Cartes de la répartition des chefs-lieux de communes et réseau primaire. 100x50 km À gauche, le Grand Ouest français avec Nantes (N) et Rennes (R), à droite la Lombardie avec Milan (M). Sources des données : IGN professionnel, Geoportale della Lombardia. Réélaboration par l’auteur.

Ces cartes nous parlent de distance des lieux « centraux », si on peut ainsi définir les bourgs des communes rurales. Mais pour prendre la mesure du degré de dispersion de ces territoires, il faut les observer à l’intérieur de cette maille. Nous avons alors cherché à dresser le portrait du territoire habité au milieu du XIXe siècle, lorsque les activités agricoles dominent largement les activités non-agricoles [10], en écartant à notre regard les capitales régionales pour observer de plus près ce que nous appelons ici la « structure agricole » du territoire, c’est-à-dire ce socle territorial fait de bourgs, de villages, de localités. Si l’habitat du Grand Ouest français est dense et épars, la plaine du Pô, elle, est décrite comme l’enchevêtrement des deux types d’habitats, groupé et disséminé [8]. Plus précisément, l’habitat de la plaine sèche est groupé en villages et dispersé en de petites localités et fermes disséminées, et l’habitat du sud irrigué est essentiellement aggloméré et isolé en bourgs ruraux et grandes fermes autonomes [5] . Quand il évoque la plaine du Pô en 1927, Demangeon s’exprimera ainsi « on a l’impression que dans le bassin du Pô la forme village jadis beaucoup plus répandue aurait cédé du terrain à la forme dispersée » : est-il déjà témoin de ce que les experts appelleront, nous y reviendrons, la première saison de la città diffusa ? Nous avons tenté, en tout cas, de représenter cette distribution plus fine de l’habitat en complétant les cartes précédentes avec tous les lieux habités (fig. 4] : en France, c’est le « village éclaté » [3] qui apparaît. En effet, en regardant de plus près les types de lieux habités, la très grande majorité de ces points en dehors du bourg constitué (chef-lieu) correspond au « village », terme alors utilisé dans le département pour désigner « une agglomération d’au moins six ménages » [11], par opposition au hameau de taille plus réduite⁠, auxquels il faut ajouter les métairies, borderies, domaines et châteaux, pour compléter les typologies de lieux habités⁠. Cette couverture uniforme est très dense, et en y regardant de plus près, elle l’est encore plus au nord de la région, autour de Rennes. Faisons un saut dans le temps et notons que c’est là justement que sera mise en place, dans les années 1990, une politique volontariste encadrant la croissance urbaine, visant à limiter l’étalement grâce à la figure de l’archipel qui favorise la distribution du phénomène d’urbanisation dans les « îles », les communes proches de la ville-centre, pour renforcer l’idée d’une « mer » agricole libre de toute urbanisation, elle qui est en réalité déjà très densément peuplée d’établissements humains, certes dispersés, mais proches entre eux. En comparaison, Nantes sera dépourvue de périphérie jusque dans les années 1970, la distance plus importante entre les chefs-lieux et la densité plus faible de ses lieux habités expliquent peut-être ce phénomène. Cela explique peut-être en partie le manque de projet et de politique pour le développement du territoire nantais, où l’urbanisation aura lieu par étalement « en doigts de gant » autour de la ville-centre, entre les vallées.

Fig 4. Cartes des lieux habités. 100x50 km À gauche, le Grand Ouest français avec Nantes (N) et Rennes (R), à droite la Lombardie avec Milan (M). Sources des données : IGN professionnel, Geoportale della Lombardia. Réélaboration par l’auteur.

Quand on compare la carte obtenue dans le cas français à celle italienne, la densité du « village éclaté » est encore plus flagrante : les frazioni et località (équivalents des lieux habités) semblent moins nombreuses, et elles sont plus importantes dans la plaine sèche, notamment sur la zone des collines au pied des Préalpes. Mais si on ajoute ici la couche des fameuses fermes à cours lombardes, les cascine (en rouge sur la carte) qu’elles soient pluriaziendali (et accueillent quelques familles dans le même corps de ferme) au nord, ou monoaziendali au sud (véritables entreprises capitalistiques autonomes accueillant vingt familles en moyenne), la couverture du territoire devient beaucoup plus importante et confirme l’enchevêtrement d’habitats à la fois agglomérés en village et disséminés avec les fermes. La diffusion sur le territoire de ces dernières n’est pas négligeable pour la suite de l’histoire, car étant plutôt situées à proximité des centres dans la plaine sèche alors qu’isolées sur les terres dans la plaine irriguée [12), elles complètent un territoire au nord déjà dense en lieux habités peu distants les uns des autres. Or, nous verrons que les fermes joueront un rôle majeur dans la transformation économique de la région, en permettant d’accueillir sur place, et donc de manière diffuse, des activités artisanales, participant ainsi à l’industrialisation progressive du territoire.

Nous avons ainsi dressé un rapide portrait du « support agricole » des territoires d’étude, dans lequel nous pouvons reconnaître, par une observation à très grande échelle dans une approche qualitative plutôt que quantitative, les différences fondamentales qui existent entre le cas français et italien, en termes de distance, d’uniformité et de densité de la dispersion de lieux habités, mais aussi au sein des deux régions elles-mêmes. La comparaison dans la comparaison nous a alors donné quelques indices sur la diversité des formes d’urbanisation survenues dans les dernières décennies, en rapport avec cette structure agricole du passé. C’est cette suggestion faite par les cartes produites et comparées qui a inspiré la construction du second exercice, soit l’étude spatialisée de l’évolution de la population.

Exercice 2_ la coupe territoriale démographique 

L’évolution démographique au cours des deux siècles derniers⁠ a été étudiée et représentée pour un ensemble de communes limitrophes situées sur une « tranche territoriale » d’une centaine de kilomètres. D’un point de vue méthodologique, le tracé de l’axe répond à la spécificité des deux territoires : dans le cas italien, les fortes différences qui opposent la plaine sèche au nord de Milan et la plaine irriguée au sud sont explorées : les communes sélectionnées sur un axe orienté nord-ouest sud-est, dans le sens d’écoulement des eaux, évitent délibérément Milan dont le poids prendrait trop d’importance, et traversent des villes moyennes de Côme et Monza au nord de Milan, Lodi et Piacenza au sud ; dans le Grand Ouest, l’axe passe délibérément par Rennes et Nantes pour affronter le thème de la distribution hiérarchique qui nous semble inévitable dans le cas français marqué par la double structure précédemment évoquée : le socle du village éclaté qui recouvre l’ensemble du territoire et la distribution régulière des communes, chefs-lieux et capitales départementales qui triangulent le territoire. La carte de fond montre l’état de l’urbanisation actuelle, par le bâti en France et par les routes secondaires en Italie. La figure du cercle représentant la distance à la ville centre est utilisée dans le cas français, alors que les limites entre plaines sèches, irriguées et zone de résurgence figurent sur le cas italien, deux conditions que nous considérons comme étant étroitement liées au développement de ces territoires et de la population qui les habite. Pour une question de lisibilité, la population des villes moyennes citées précédemment ainsi que Milan ne sont pas représentées sur les diagrammes, leur ampleur dépassant largement celle des communes qui nous intéressent ici, celles qui composent la Ville-Territoire en dehors des capitales « économiques » de ces régions. La figure ainsi proposée par la superposition des courbes démographiques, en correspondance aux communes auxquelles elles se réfèrent (fig.5], permet de visualiser dans l’espace l’évolution de la population, et implicitement, les processus d’urbanisation. (À cette échelle, nous n’entrons pas dans l’histoire très locale de chaque commune qui fait l’objet d’un autre exercice riche d’enseignements).

Fig 5Coupes territoriales démographiques : deux siècles d’évolution démographique sur une tranche de 100 km. Les limites communales sont signifiées en correspondance des courbes démographiques relatives, en rouge les villes plus importantes dont la population n’est pas représentée. Sources des données : INSEE, ISTAT, IGN professionnel, Geoportale della Lombardia. Réélaboration par l’auteur.

Dans le cas italien, l’opposition plaine sèche/plaine irriguée est nettement lisible, non seulement dans la densité des voies qui constituent une nappe étendue au nord et une maille plus ouverte au sud resté à dominante agricole, mais également dans le tracé des courbes démographiques des communes sélectionnées, dont on reconnaît trois familles. Dans la plaine irriguée au sud, les communes très peuplées au milieu du XIXe siècle connaissent une très faible croissance (de 2000 habitants en moyenne en 1860 à 3000 en 2011), mais elles ne connaissent pas de réel exode rural, car la mécanisation de l’agriculture après la Seconde Guerre mondiale va, certes, vider les champs et les grandes fermes de ses travailleurs auparavant très nombreux, mais les grands bourgs ruraux vont capter ces populations grâce à l’implantation d’activités industrielles localisées, produisant une légère dispersion résidentielle autour des bourgs. Dans la zone de résurgence des eaux, les communes de « l’hinterland milanais » ont connu une forte accélération de la croissance de population après la Seconde Guerre mondiale. Dans les années 1990, alors que la croissance ralentit, on mesure une surface agricole déjà inférieure à 30 % de la surface totale [13]. Au nord, dans la plaine sèche, la population connaît une croissance fulgurante dès le milieu du XIXe siècle, avec un certain ralentissement entre les années 1970 et 1990 (crise industrielle). La construction de la città diffusa connaît plusieurs saisons [14]. La première est celle du « pulviscolo » (poussière en français), un processus de rationalité minimale, faites d’initiatives individuelles où on réinvestit le bâti agricole de nouvelles fonctions, ainsi que les routes « extra urbaines » et les voies à usage rural déjà en places. La campagne se transforme déjà, la rotation disparaît pour laisser place aux engrais et à la mécanisation, puis avec la crise de la culture du mûrier blanc pour l’élevage du vers à soie, le paysage devient nu. Le moteur de ce changement est le travail, alors que celui de la seconde saison à partir de la crise industrielle des années 1970 est celui de la consommation : c’est la saison des « plaques » avec son apogée dans les années 1990. Ce n’est plus l’autoproduction qui opère les changements diffus, mais des opérations de constructeurs liées aux plans régulateurs qui prennent la forme de plaques, résidentielles, mais aussi industrielles et commerciales et qui vont nier la rationalité minimale précédente. Toutefois, malgré l’intensité du phénomène d’urbanisation, on sait encore déceler — mais à vol d’oiseau surtout — les traces de la structure agricole du territoire, entre permanence et persistance (15], à travers la trame des routes secondaires reprenant les anciens chemins agricoles, tracés de parcelles et boisements [fig. 6). La première phase d’initiatives individuelles et diffuses a paradoxalement permis de conserver, en partie, la structure du territoire agricole ancien, collectivement produit par le passé, une trace menue évidemment, et qui tend à s’effacer avec l’urbanisation récente par plaques.

Fig 6Permanences et persistances agricoles dans la trame viaire (a). Échantillon territorial de la plaine sèche. 5x5km. Extrait de la carte historique de la Brianza élaborée par Giovanni Brenna entre 1836 et 51 au 1 : 10 000 (b) ; photographie aérienne, vol GAI 1954 (c) ; photographie aérienne 2012. Les voiries actuelles sont en grande partie déjà présentes en 1954 (en noir), certaines reprennent les limites d’anciennes parcelles agricoles (en pointillé) et d’autres viennent compléter la trame existante. Le système de voirie lié à l’infrastructure autoroutière s’inscrit sans aucune relation avec le reste du territoire. Les chemins et boisements (en bleu vert) ont aujourd’hui presque entièrement disparu. Sources des données : Carte historique de Brenna, données GIS Geoportale della Lombardia. Réélaboration par l’auteur.

Ce phénomène d’urbanisation « par plaques », on le retrouve dans le cas français, sous plusieurs formes et avec une intensité variable, mais il efface toute trace de la longue transformation du sol et du paysage agricole non seulement là où le phénomène d’urbanisation a été le plus fort, dans la périphérie nantaise marquée par un étalement urbain tardif (après les années 1970) et dans l’archipel rennais, mais également, dans une autre mesure, dans le territoire de la rurbanisation [4] . Nous nous référons ici aux dernières décennies de transformation du territoire, et la version française de la « coupe démographique » se décline ici encore en trois familles reconnaissables qui se démarquent dans leur distance à la ville-centre. En isolant le territoire nantais pour regarder les phénomènes démographiques de plus près (fig. 7), on observe que les communes les plus proches de Nantes entre 10 et 15 km (en noir) vont connaître une croissance très forte à partir des années 1960, vérifiant ici la définition de la rurbanisation de Bauer et Roux qui considèrent que le phénomène — alors observé entre 1960 et 1970 — touche les communes proches de la ville-centre, à 10 km. Entre 20 km et 35 km, les communes les plus éloignées et qui avaient connu une très forte croissance suivie de l’exode rural après la crise agricole de 1880 (en rouge), ne retrouvent qu’au début des années 2000 leur population maximale. Un phénomène « rurbain » tardif, que l’on retrouve également dans les communes situées entre 15 et 25 km, mais à la croissance plus faible au XIXe siècle (en jaune) et dont l’accélération aura lieu plus tardivement entre les années 1980 et 1990. Au fil des années, la condition de la distance semble perdre de son importance, le rapport temps de transport/distance a probablement été réduit. Nous évoquions précédemment l’urbanisation par « plaques » très forte autour des villes-centres, qu’elles soient résidentielles avec les lotissements, ou bien le fait de zones d’activités et commerciales : nous faisons l’hypothèse que cette forme ait été facilitée par la transformation précédente du paysage agricole à travers le remembrement. La comparaison des photographies aériennes de 1950 avec celle de l’état actuel dresse un portrait effarant de l’extrême simplification des paysages. Le nouveau paradigme agricole a, semble-t-il, préparé le terrain pour ces formes d’urbanisation. Lorsqu’on s’éloigne des deux villes-centres, en revanche, dans le territoire du village éclaté, la plaque agit ici aussi, à proximité des bourgs notamment où la même logique de périphérie s’impose, mais dans les « villages » et hameaux qui sont encore fortement habités, une autre logique s’opère. À grande échelle, rien ne bouge, une apparente inertie existe : les lieux n’ont jamais été abandonnés et ponctuent encore ce territoire largement habité en absorbant encore aujourd’hui une importante partie des habitants de la commune. Pourtant, l’architecture du lieu a changé : au petit groupement qui a résisté au temps, se sont ajoutées de nouvelles constructions, très majoritairement individuelles, on a souvent transposé un langage néo-urbain dans un contexte rural et il est surtout impossible d’y trouver un agriculteur. Mais on retrouverait presque le système d’entreprise individuelle évoquée au siècle précédent en Italie : les opérations sont de petite envergure, voire individuelles, mais elles sont multiples et diffuses. On reconnaît souvent la parcelle et dans les opérations plus vastes, la végétation témoigne de la structure agricole passée, peut-être la seule trace du paysage de bocage qui a été presque intégralement effacée par la mécanisation de l’agriculture et l’émergence de la filière agroalimentaire si caractéristique du Grand Ouest.

Fig 7Évolution démographique des communes autour de Nantes et distance à la ville-centre. Courbes démographiques relatives aux communes situées sur la tranche entre Nantes et Rennes pour le seul département de Loire-Atlantique, distribuées sur un axe vertical représentant la distance à la ville-centre. Sources des données : INSEE. Réélaboration par l’auteur.

Conclusion

L’étude du rapport entre structure physique du territoire, structure agricole et structure de l’habiter que nous avons tenté de mesurer et représenter à travers ces exercices cartographiques, nous a fourni quelques clés pour mieux comprendre les processus de transformation d’un territoire agricole support de la Ville-Territoire contemporaine. La comparaison des deux a permis de déceler les spécificités, mais également des processus communs aux deux macro-régions, et cette tentative de lecture des rationalités nous permet d’émettre des hypothèses quant aux défis spécifiques des territoires et les réponses potentielles qui les accompagnent. Dans le cas italien, et de la plaine sèche en particulier, le rôle hydraulique d’absorption des eaux est rendu presque impossible par une urbanisation intensive qui imperméabilise le sol, le défi écologique est urgent. Il argumente en faveur de la conservation du peu de sol non construit et de la renaturalisation là où c’est possible pour que le sol retrouve ses fonctions écosystémiques et en développe peut-être de nouvelles. Cette renaturalisation pourrait être l’occasion de révéler les « rationalités minimales » du passé en rapport aux quelques persistances agricoles qui parsèment le territoire. Le cas français qui est moins alarmé par la disparition de ses sols agricoles à léchelle régionale, cas français qui est moins critique face à la disparition de ses sols agricoles à la grande agnent.uelles.195’échelle régionale, est paradoxalement plus touché par la disparition de toute trace ou presque de son histoire rurale, causée par des formes d’urbanisation détachées du contexte et facilitées par le remembrement qui précède ces formes d’urbanisations. La distance entre les bourgs constitués et l’habitat étendu du « village éclaté » tendent à véhiculer l’idée d’une grande disponibilité en terres agricoles et à dissimuler l’urgence écologique. D’ailleurs, en France, la coïncidence en termes de temporalité entre l’industrialisation de l’agriculture et les premières formes de diffusion urbaine au détriment du sol agricole est frappante. En effet, la volonté exprimée par les « rurbains » d’aller vivre à la campagne, alors même qu’elle connaît une révolution profonde marquant pour la première fois un détachement si fort entre l’agriculteur — qu’on appellera alors exploitant agricole — et le sol non plus vivant, mais simple « support » est, soit paradoxale, soit symptomatique du détachement généralisé de l’homme à son sol nourricier. Le sol de la Ville-Territoire se souvient encore, mais trop timidement, d’un paysage et d’une structure agricoles construits et longtemps transformés autour d’un équilibre fragile entre l’homme et son milieu. Le sol a perdu de sa profondeur. Face à l’agronomie moderne, l’agrologie, soit la compréhension des lois du sol [16] argumente pour le nécessaire passage d’un sol devenu simple support de culture à un sol considéré comme le milieu dynamique et d’échange symbiotique. C’est un changement de paradigme qui nous inspire, à l’échelle du territoire, le passage d’une considération du sol comme simple support de l’habiter au sol agricole activateur d’échanges écosystémiques entre les éléments hétérogènes qui composent la Ville-Territoire, et où sa fragmentation peut devenir une opportunité.

References

  1. Corboz A. Vers la ville-territoire. In: Ergänzungen. Bern und Stuttgart: Verlag Paul Haupt; 1990. p. 631–5. .
  2. Boeri S, Lanzania A. Gli orrizonti della città diffusa. Casabella. 1992;(588):44–9. .
  3. Pichot D. Le village éclaté: habitat et société dans les campagnes de l’Ouest au Moyen Âge. Rennes: Presses Universitaires de Rennes; 2002. .
  4. Bauer G (1934-2013) A du texte, Roux J-M (1941-) A du texte. La rurbanisation ou La ville éparpillée / Gérard Bauer, Jean-Michel Roux [Internet]. 1976 [cited 2019 Jun 15]. Available from: https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k4813790r .
  5. MIONI A. Il territorio lombardo prima e dopo la rivoluzione industriale. In: Archeologia industriale in Lombardia. Milano: Mediocredito Lombardo; 1983. .
  6. Bourrigaud R. Le développement agricole au 19e siècle en Loire-Atlantique. Nantes: Centre d’histoire du travail de Nantes; 1994. 496 p. .
  7. VIDAL DE LA BLACHE P. Tableau de la Géographie de la France. Paris: Hachette et Cié; 1903. .
  8. Demangeon A. La géographie de l’habitat rural (Deuxième article): Deuxième article. Ann Géographie. 1927;36(200):97–114. .
  9. Reclus É (1830-1905) A du texte. The evolution of cities / (Signé : Élisée Reclus] [Internet]. 1895 [cited 2019 Jun 15]. Available from: https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k660448 .
  10. Dallas G. The imperfect peasant economy: the Loire country, 1800-1914. Cambridge: Cambridge University Press; 2004. .
  11. Pinson. Dictionnaire des lieux habités du département de la Loire-Inférieure. Nantes: Armand Guéraud et Cie; 1857. .
  12. Saibene C. La casa rurale nella pianura e nella collina lombarda. Firenze: Leo S. Olschki.; 1955. .
  13. BORGHI, E, MAGAZZINI P. Progetto ‘Carta pedologica’. In: I suoli del Parco Agricolo Sud Milano. ERSAL (Ente Regionale di Sviluppo Agricolo della Lombardia; 1993. .
  14. Lanzani A. I paesaggi italiani. Roma: Meltemi; 2003. 479 p. (Babele). .
  15. Corboz A, LÉVEILLÉ A. Atlas du territoire genevois. Permanences et modifications cadastrales aux XIXe et XXe siècles. Genève: Service des Monuments et des Sites du Département des Travaux Publics; 1999. .
  16. Bourguignon C, Bourguignon L. Le sol, la terre et les champs: pour retrouver une agriculture saine. Paris: Sang de la Terre; 2014. .

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